Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /Nov /2009 13:52
Le couperet est finalement tombé : la Suisse interdit les minarets sur son territoire, par referendum, avec 57,5 % des 51,9 % votants. Le taux de participation peut paraître faible par rapport à ceux obtenus lors d'élections, mais il est honorable pour un referendum.
À l'origine : une branche de l'UDC, qui, sous une explication bancale, veut continuer à mettre en avant le christianisme, au détriment des autres religions, dont l'Islam.

Quelle est la signification de ce vote ?

Bien entendu, ce n'est pas - uniquement - contre un esthétisme de mauvais goût, une architecture jurant avec celle, magnifique, de notre voisin transalpin. Encore, si ce n'était que cela... Non, cette interdiction révèle un mal être par rapport à l'Islam, qui s'est peu à peu répandu sur le seul européen, pour devenir la deuxième religion de cet espace continental.
Je ne pense pas me tromper en divisant en deux parties les causes de ce non.

Premièrement, l'angélisme suisse (pour ne pas extrapoler à d'autres pays européens) avec cette intolérance populiste ayant pour leitmotiv une idée de la pureté, de la communauté, du rejet de toute pseudo-différence. L'Islam est considéré comme différent, les personnes qui adhèrent à cette religion sont considérés comme différents. Nous assistons donc à un racisme exacerbé, infondé car la Suisse ne compte que 4 minarets, une communauté islamique moindre (si l'on ôte l'Islam radical du secteur financier, qui ne fait donc pas brûler (il fait bien pire) des voitures ni ne terrorise nos petits enfants, que l'on se rassure...),  et - à ma connaissance - très peu de problèmes liés à cette autre culture, qui pourrait très bien être accueillie à bras ouverts. Non, c'est bel et bien cet angélisme, causant une peur, liée à une très grande méconnaissance de ce qu'est l'Islam, de ce qu'il peut apporter.

Puis, et c'est un point tout aussi grave, bien que l'on puisse d'avantage y remédier : l'islamisme religieux, intégriste, et dangereux. Une partie de la population suisse a peur de cet extrémisme. La faute à qui, à part cet angélisme dont on parlait il y a peu ? Je ne pointe pas du doigt ces politiques tels que M. Freysinger, non, car ils utilisent seulement la méconnaissance ambiante pour alimenter une peur. Je m'insurge contre les islamistes tels que Tariq Ramadan pour citer le plus connu - mais il y en a tant d'autres - qui prônent un discours outrageant (la faute à qui, pour leurs laisser des tribunes ?),  et qui permettent à une population qui ne s'instruit pas comme il le faut, de faire un lapsus terrible, et confondre Islam avec islamisme. Pour cette partie de la population, ce Non a sonné comme une volonté d'ostracisme à l'égard de cette branche extrémiste et réfractaire à toute paix, toute harmonie entre les peuples et les cultures.

Quelle est sa répercution ?

Malheureusement, ce vote aura l'effet inverse. En effet, les extrémistes religieux utiliseront ce Non pour continuer un discours violent à l'égard d'un peuple européen considéré comme raciste et intolérent, alors qu'il - et j'en suis persuadé - est tout sauf cela. Ce Non favorisera donc encore plus le quiproquo entre Islam et islamisme. Un retour à l'envoyeur, un effet boule de neige s'intensifiant de plus en plus, alors qu'un Oui aurait permi à l'aspect culturel de prédominer sur la question politique et strictement religieuse.
Au niveau des voisins de la Suisse dont je fais partie, ce vote n'aura pas d'effets positifs. En effet, Marine Lepen a déjà pointé le bout de son nez ainsi que - plus grave car anormal - Xavier Bertrand avec un discours plus que douteux... Espérons que les gouvernements en place agissent de la meilleure des façons, en informant. Nous pouvons craindre un retour en arrière, avec un débat qui n'aurait pas lieu d'être. Un débat également qui en cache un autre : que faire de cet extrémisme ? Faut-il continuer d'inviter sur des plateaux télé des fanatiques religieux, en les appelant "réformateurs modérés de l'Islam" ? Faut-il continuer à informer de la sorte, en n'approfondissant ni ne réfléchissant pas assez ?

Quelle limite ce vote impose-t-il pour la démocratie participative, ou la démocratie même dans son ensemble ?

Ce débat pose également la question des limites de la démocratie, et dans ce cas, de la démocratie participative suisse. En effet, le vote de la population est souverain, et l'issue du referendum sera donc dans la constitution, ce qui ennuie fortement le gouvernement helvétique. Nous avons, dans notre inconscient collectif, tendance à penser - à juste titre d'ailleurs - que la démocratie est le meilleur des systèmes. Néanmoins, comment le penser quand nous voyons à quel point l'ignorance, la peur peuvent régenter une question politique. La population doit être écoutée, c'est le but de la démocratie, mais elle ne doit pas, et je le pense très sincèrement, être absolue. Le referendum doit éclairer le gouvernement, mais ne doit pas, encore une fois, être absolu. Le peuple doit donner sa souveraineté à un corps politique éclairé et instruit, se devant de mettre en place des lois, toujours sous le contrôle du peuple, à qui il doit en parmanence des comptes. C'est ce qui se passe (devrait se passer...) en France. Cela limiterait l'utilisation de l'émotion et de la subjectivité dans un débat politique. "Limiterait" juste, car il est vrai que les élections reposent sur le même système. Nous pouvons le voir dans l'histoire avec la difficulté de la gauche à passer au pouvoir durant la seconde partie du XIXe siècle, ou plus récemment avec l'élection de notre cher M. le Président de la République française, tolérante, où la tryptique liberté, égalité, fraternité sert de merveilleux adage à notre pays.


En conclusion, et pour revenir à la question de l'interdiction des minarets, regardez donc l'affiche de propagande politique mise en oeuvre par l'UDC, en Suisse :

On y voit une femme en burquat. Oui, rappelons que la burquat est majoritaire. Pour aller dans une mosquée ayant un minaret, il faut la porter. C'est une obligation bien sûr... De plus, toutes les femmes portant la burquat sont des épouses de terroristes. Évident ! Plus sérieusement : on peut être pour ou contre la burquat, c'est un autre débat. On peut également être pour ou contre la permission de son utilisation dans notre pays. Mais encore une fois, la question n'est pas là. Amalgame étonnant.

Les minarets sont posés comme des bombes sur le drapeau suisse. Comme s'ils allaient tuer... quoi ? Une identité nationale ? Tiens tiens... cela me rappelle quelque chose.

Un mot, "STOP". Oui, c'est sûr, il faut arrêter cet engouement pour ces minarets qui se multiplient en Suisse ! Il y en a plus sur cette affiche que dans ce pays...

Un autre mot "OUI", pour connoter une image positive de l'affiche. Rouge, comme le drapeau suisse. En résumé, le positif est suisse, le négatif, en noir, est... quel mot employer ? Étranger.

Il y a de quoi vous transformer le plus modéré des islamistes en un extrémiste des plus virulents...

Par Anthony L.
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